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Les migrants

Un débat avec Catherine Wihtol de Wenden du CNRS

Les migrants,
un avenir à construire ensemble

Le débat très politisé de l’immigration en France mérite d’être éclairé par des éléments concrets relatifs au développement des migrations à l’échelle mondiale.

24 janvier 2010. Sur une plage des environs de Bonifacio, en Corse, 124 clandestins dont des femmes et des jeunes enfants sont découverts, récemment débarqués. Ils se déclarent Kurdes de Syrie. Ils sont envoyés en centre de rétention administrative en attendant leur reconduite éventuelle aux frontières. Cette immigration nouvelle, collective et par la voie maritime inquiète les Français.

Par ailleurs, les Afghans et les Pakistanais se regroupant autour de Calais reviennent à l’avant-scène de l’actualité de façon récurrente. Connaissons-nous bien ce que sont les migrants ? Nos craintes sont-elles fondées ?


cnsn n°56 p10 redim.jpgAfin d’apporter des éléments concrets dans le débat, un groupe de chrétiens rémois a, début octobre, invité pour une conférence ouverte au public une spécialiste des migrations, Catherine Wihtol de Wenden.
 

 
 
Catherine Wihtol de Wenden est directrice de recherche au NRS/CERIet enseignante à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages sur les migrations, notamment La globalisation humaine (PUF ). Elle est consultante pour la Commission européenne, le Conseil de l’Europe et le Haut-commissariat aux réfugiés.
 
 

De son exposé bien argumenté, il ressort déjà qu’au cours des dernières décennies, le nombre de migrants à travers le monde a effectivement cru. Selon les Nations unies, il est passé de 75 millions en 1965 à 190 millions en 2005 ; il avoisine maintenant les 200 millions. Mais sont comptés dans les migrants, à côté du clandestin et du réfugié, celui qui s’établit dans un pays ouvrant ses portes à l’immigration légale comme l’Australie ou le Canada, le retraité anglais qui vient s’installer en Périgord et d’autres encore. Un tiers des migrants se sont déplacés du sud vers le nord, un autre tiers du sud vers le sud.

Ces migrations internationales résultent pour une part importante de la pauvreté. Une faible espérance de vie à la naissance, un bas niveau global d’éducation et un faible niveau de vie sont des éléments déterminants sur la tendance à l’émigration dans un état ou une région déterminée. C’est le cas de l’Afrique subsaharienne ou, en Asie, de l’Afghanistan et du Pakistan. Les gens de ces nations sont informés de ce qui se passe dans le monde ; les plus dynamiques n’acceptent plus de vivre dans un pays pauvre et bien souvent mal gouverné.


L’Europe a besoin d’une immigration

Catherine Wihtol de Wenden, se basant sur les évolutions démographiques prévisibles, constate que, contrairement aux autres continents, l’Europe vieillit inexorablement. Elle ne peut donc maintenir sa puissance économique qu’en surmontant ses craintes et ses crispations actuelles et en ouvrant ses frontières aux migrants. Ceux-ci comprennent d’ailleurs de plus en plus d’individus ayant des formations recherchées, notamment pour le secteur hospitalier. Les migrants acceptent aussi des emplois que les Français ne veulent plus occuper, dans la restauration, les travaux publics, le nettoyage,… La France, à la suite d’autres pays européens, a institué en juillet 2006 un contrat d’accueil et d’intégration ; mais il reste encore à faire afin d’améliorer l’intégration des nouveaux arrivants et d’atténuer les tendances communautaristes, sources de crispations.

Enfin, la conférencière, se situant dans la tradition humaniste, met en doute l’efficacité des contrôles aux frontières malgré leur coût élevé. Elle plaide pour un droit universel à la migration. Des mesures libérales aux frontières seraient profitables tant aux pays d’accueil qu’à ceux de départ.

Il semblerait donc que, face aux géants mondiaux, notre avenir d’Européens ne puisse se construire qu’avec des migrants et qu’il faille leur faire une place dans notre société. Ceci rappelle aux chrétiens ce verset de l’évangile de Matthieu : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli.». Il reste d’actualité.

J-P. Filtz